Actes Sud Junior
Genre : drame tendant vers la dystopie
Pourquoi ce livre ? A cause de son sujet et parce qu'il m'attendait sur un présentoir à la bibliothèque.
RESUME :
Élève difficile, Viima est envoyé à l’École de la Dernière Chance, véritable centre de redressement où il doit renoncer à tout. Mais que signifie le marquage des élèves ? Et cette rumeur sur une galerie de masques ? La lutte captivante d'un garçon ordinaire contre un pouvoir magique et tyrannique.
MON AVIS :
Un adolescent de treize ans se retrouve contraint de suivre des cours dans une école différente, de la dernière chance. Dernière chance avant d'être mis au banc de la société. Dernière chance pour rentrer dans le rang. Dernière chance pour devenir un mouton de Panurge? Tout d'abord dépassé par les méthodes de cette école, le jeune homme va peu à peu ressentir le besoin de lutter contre celle-ci. En effet, qu'est-ce qui justifie de traiter des adolescents de cette manière?
Le résumé en quatrième de couverture de ce livre m'avait tout de suite intriguée. Une réflexion sur la manière d'éduquer, de punir, de « mettre au pas » les élèves difficiles, et qui pourrait montrer les dérives de ce genre de choses ? C'est un sujet qui me parle beaucoup et c'est donc avec enthousiasme (et certaines attentes) que j'ai débuté ce roman. Mais pour finir, on est loin de la critique sociétale escomptée. Très loin...
C'est que de réflexion sur le comportement difficile de certains adolescents (à qui ce livre s'adresse, pour rappel), il n'y en aura point. Viima, dont il est question ici, fera des « bêtises » tout au long de l'histoire selon ses dires, mais nous ne connaîtrons pas leur nature. Il restera blanc comme neige à nos yeux, pauvre petit ado injustement persécuté par des adultes qu'il est. Et d'interrogations sur la manière de gérer de tels élèves, encore moins. Nous sommes face à une institution d'emblée répréhensible et « mauvaise », pas de demi-mesure ici, pas de possibilité de se demander pourquoi une telle école est née non plus car nous ne connaîtrons rien du contexte social ayant permis de concevoir un tel projet...
Mais même au-delà de l'absence des réflexions que je pensais voir poindre ici, un autre problème se pose : cette histoire impose d'emblée le système décrit comme injuste et donc critiquable suite une situation initiale biaisée. En effet, le roman débute par un raccourci fâcheux et qui donnera le ton du reste du récit : un jeune adolescent est puni et doit changer d'école (pour se rendre dans la fameuse école de la dernière chance, celle que les élèves qui ne peuvent plus être acceptés dans les institutions dites normales fréquentent) à cause de son comportement déplacé... en dehors du cadre scolaire ! C'est que Viima, en plus de faire du skateboard (oui, on voit bien là le côté sale gosse chez ce jeune homme), a fugué plusieurs fois de chez lui (et non de l'école donc). Il a peut-être été difficile à gérer également en cours, mais on ne nous dira jamais si c'est réellement le cas. Viima est dès lors un adolescent extrêmement dangereux n'est-ce pas... Et donc, la punition absurde qui lui sera infligée (devoir se rendre dans une école liberticide) emmènera le lecteur dans un monde paranoïaque où la remise en question du comportement de départ de l'élève soi-disant difficile sera impossible. Car comment se poser des questions sur la justesse d'une punition quand celle-ci est d'emblée démesurée et déplacée ? Mais dans ce cas, quel est donc l'intérêt d'écrire une telle histoire ? Rassurer le pauvre petit élève rebelle en lui disant : « Ce sont toujours les adultes qui ont tort et qui exagèrent » ? Parce que c'est le message qui semble ressortir le plus à la lecture...
Du coup, alors que le sujet de départ est intéressant, très intéressant même, et mériterait d'être creusé, analysé, débattu (c'est une chose qui a déjà été faite, par exemple, par un Battle Royal, mais qui demande un traitement plus subtile je pense, et ce genre de roman jeunesse aurait été parfait pour cela), il est complètement laissé de côté ici. A la place, nous aurons droit à une énième version de « moi contre le monde », avec des adultes très cruels et très stupides, des adolescents panurgiques bêtes et méchants, et quelques jeunes qui deviennent rebelles par nécessité et qui seront toujours dans le juste. Ce monde-là est trop manichéen pour moi, je ne vois pas en quoi il apporte une réflexion quelconque. On ne peut qu'adopter le point de vue de l'auteur qui ne nous laisse pas la liberté de penser en dehors des balises qu'elle a posées. Et ça, ça me dérange.
Maintenant je pose la question : pourquoi les romans jeunesse peinent à aborder le sujet difficile mais oh combien nécessaire de la RESPONSABILITE de l'adolescent dans ses comportements déplacées, du côté excessif de certains de ses actes, et, plus généralement, de la manière dont les mœurs évoluent et rendent acceptables des traitements violents, persécuteurs ou encore simplement je-m’en-foutistes à l'école ? Parce que même s'il est juste de mettre en avant la peur (panique) de l'adulte face à l'enfant ingérable, il serait peut-être temps de montrer à ce dernier que lui aussi a une part de responsabilité dans l'évolution exagérée des choses... Ce n'est en tout cas pas Une dernière chance qui osera mettre cela en évidence.
Au final, Une dernière chance est un livre qui m'a été pénible de bout en bout, et à cause de la vision simpliste adoptée par l'auteur, et à cause de son message somme toute dérangeant (dans le mauvais sens du terme).
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