Réalisateur : Wes Anderson
Pays : USA
Année: 1998
Durée : 89 minutes
Genre : comédie
Acteurs : Jason Schwartzman, Olivia Williams, Bill Murray
A partir de 5€41 ici.
RESUME :
Les mésaventures de Max Fischer, élève de la Rushmore Academy. Personnage hors normes, génie fougueux et brouillon, Max ne peut fournir qu'un minimum d'efforts à ses études et s'est résigné à devenir l'un des pires cancres de son établissement. En dépit de ses échecs scolaires et des admonestations répétées de son directeur, Rushmore n'en reste pas moins à ses yeux un paradis et un sanctuaire idéal pour exercer en toute liberté son inlassable créativité.
MON AVIS :
Rushmore pose, encore plus que Bottle Rocket je trouve, les bases (plus que) solides de l'univers décalé et déjanté qui habitera tous les autres films de Wes Anderson. Baignant allègrement dans l'absurde bon enfant parfois désabusé, Rushmore est une comédie attendrissante, même si bourrée d'erreurs en tous genres. Mais commençons par le commencement.

Dans ce film, nous allons suivre les (més)aventures d'un jeune garçon qui aime son école (privée) plus que de raison. Il s'investit dans tous les clubs possibles et imaginables, au point d'en négliger ses études. Car ce qui l'intéresse, c'est être à Rushmore, par réussir à Rushmore (et donc devoir partir)... Mais cet amour va se voir bientôt remplacé dans son cœur par un autre, de nature plus romantique. En effet, le jeune homme de 15 ans va tomber sous le charme d'une nouvelle institutrice de l'école ayant écrit une note intrigante dans un livre qu'il vient emprunter (quelle plus belle manière de tomber amoureux que celle-ci?). Seulement la dame de son cœur a le double de son âge. Comment pourra-t-il réussir à la conquérir ?

Nous découvrons ici un tout jeune Jason Schwartzman dont ce fut, comme pour les frères Wilson, le premier rôle. Et qui deviendra, comme les frères Wilson encore une fois, un régulier du réalisateur. Ici, il arbore déjà, du haut de ses mêmes pas 18 ans, son air légèrement bored to death (pardon) et perdu. Et arrive à tenir la dragée haute au pourtant délicieux Bill Murray et la sublime (déjà, encore et toujours) Oliva Williams. Casting de rêve, complété par quelques seconds rôles discrets mais typiques, dont l'intervention courte et remarquée de Luke Wilson, qui offre une des meilleures blagues du film (tellement stupide qu'elle en devient drôle)(I like your nurse's uniform, guy. - These are O.R. Scrubs. - O, R they?)(oui, bon, c'est drôle quand on le voit, promis).

Outre la constitution de son « réservoir » d'acteurs récurrents, Anderson nous offre déjà ici tous les ingrédients constituant le charme de ses films. Tout d'abord, l'attention aux décors, qui n'atteignent pas encore la sophistication kitscheque de son film suivant, The Royal Tenebaums, mais qui sont déjà pas mal barrés. A noter d'ailleurs la présence marquée de poissons et du commandant Cousteau, qui deviendront les personnages principaux (en quelque sorte) de The Aquatic Life with Steve Zissou.

Cette attention n'est pourtant pas maniaque. En effet, ce qui caractérise également le cinéma de Wes Anderson, en tout cas dans ses jeunes années (ce sera à vérifier dans ses prochains films), c'est un nombre assez important de problèmes de raccords et autres. Le plus flagrant étant un dérèglement de la nature assez perturbant, d'autant plus qu'un des personnages porte (volontairement ?) notre attention sur ce détail. En effet, lors du mois de septembre, le jeune Max Fischer explique qu'il aime particulièrement voir les saisons passer sur les arbres de Rushmore. Les feuilles sont alors jaunes, voire brunes, prêtes à être emportées par l'automne. Et pourtant, miracle de la nature, au mois d'octobre, nous avons à de plusieurs reprises l'occasion de constater qu'elles sont superbement vertes. Ce qui est quand même drôle quand les arbres se voient décorés à leur pied de citrouilles pour Halloween. Ce qui me fait me demander si ces erreurs et faux raccords ne sont en fait pas voulus... (vous pourrez trouver ici une liste de ceux-ci, même s'il me semble qu'elle ne soit pas complète).

Mais ce qui me plaît le plus dans ces décors, c'est le sens du détail du réalisateur, qui glisse plein de petites choses passant inaperçues dans ses films, sauf si on les remarque (et là on ne voit plus qu'elles). Un exemple facile, c'est le livre lu par le jeune Fischer, qui est de Jacques Yves Cousteau, l'homme qui inspirera le personnage de Steve Zissou :

A noter un autre détail, dont j'ai eu connaissance grâce à imdb, et qui est bien révélateur des obsessions du réalisateur : dans la première scène (un fantasme de Fischer), on voit le personnage principal assis en classe entouré de photos. Ces photos sont de Jacques Henri Latrigue. Et l'une d'elles a pour titre Le bobsleigh à roues de Zissou, après le virage de la grille - Rouzat, août 1908. Zissou est le surnom du frère de Latrigue. Zissou est également le nom d'un des prochains personnages de Wes Anderson, le personnage principal de The Aquatic Life donc. Si ça, ce n'est pas beau... :
Mais d'autres détails que ceux du décor sont aussi discrets qu'intéressants. Par exemple, Owen Wilson, qui a co-écrit le scénario de ce film avec Wes Anderson, a lui également été renvoyée d'une école similaire à Rushmore, à l'image de Max Fischer.

A savoir aussi que l'intention des deux scénaristes était de créer un univers similaire à celui de Roald Dahl (qui reviendra d'ailleurs par après dans la carrière du réalisateur, comme vous le savez peut-être, avec Fantastic Mr Fox, le dernier film en date d'Anderson, adapté du roman éponyme de Dahl).

Ces détails, l'humour décalé qui va avec, l'innocence du récit et le côté touchant de celui-ci, tout ça concorde à faire de Rushmore un film diablement attachant, même s'il souffre encore, comme Bottle Rocket, de quelques problèmes de rythme (à tel point que les 89 minutes du film semblent quelque peu plus longues). Il n'en reste pas moins que ce film, bourré de défauts et d'approximations, possède une personnalité très forte qui fait défaut à ceux de nombreux réalisateurs plus pointilleux mais moins inventifs qu'Anderson.

Au final, Rushmore est un film qui pourrait paraître anecdotique de prime abord mais qui possède déjà toutes les qualités du cinéma andersonien. A découvrir, juste pour le plaisir.
L'avis de Vance.
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