Dimanche 22 mai 2011 7 22 /05 /Mai /2011 12:05

 

Denoël

Genre : historique

Pourquoi ce livre ? Parce qu'il a croisé mon chemin de manière inattendue (et c'est tant mieux pour moi).

 

 

les jours de nostradamus DepotteRESUME :

Médecin protestant lyonnais, disciple de la médecine nouvelle d'Ambroise Paré, Philibert Sarrazin se rend à Paris pour participer au progrès du grand Art de l'Anatomie par le biais d'une dissection clandestine. Piégé, il se retrouve battu et enlevé par les hommes de main d'un mystérieux gentilhomme de la Cour. Ce proche du roi, dont les pouvoirs semblent sans limites, lui ordonne d'aller espionner Michel de Nostredame, l'illustre Nostradamus. Pourquoi lui, Philibert Sarrazin, modeste médecin lyonnais ? Parce qu'il est le beau-frère de Michel. Ils ont usé les mêmes bancs de la Faculté de médecine et Philibert était alors l'ami de celui qui a fini par devenir l'astrologue des rois d'Europe. 

Emporté par un complot qui le dépasse, Philibert se lance sur les traces de l'homme qui peut lire par-dessus l'épaule de Dieu et voir de quoi l'avenir sera fait, jusqu'à Salon, en Provence, à travers la peste, la guerre civile, sur des terres de fantasmes et de sorcellerie. Là, il touchera du doigt le secret de Nostradamus, le secret de sa science et de ses mystérieux voyages, le secret de la mort de sa première épouse. Autant de révélations surprenantes. Dangereuses. 

Roman de tous les conflits du XVIe siècle - médecine de Galien contre celle d'Ambroise Paré, catholiques contre protestants, science contre superstition -, plongée érudite dans une Europe pas tout à fait extraite du Moyen Âge et encore à un siècle des Lumières, Les Jours étranges de Nostradamus se lit comme un thriller et, au gré de son intrigue, éclaire d'une lumière inattendue les zones d'ombre de la vie du plus célèbre astrologue français.

 

 

MON AVIS :

Si je vous avais parlé de ce livre juste quelques minutes après l'avoir fini, cet article aurait été complètement différent. Car Les Jours étranges de Nostradamus est de ces romans qui commencent réellement à exister une fois la dernière page tournée. Non que la lecture en soi en ait été désagréable ou ennuyeuse, loin de là. C'est plutôt qu'en découvrant la fin, une nouvelle manière de comprendre le récit vous apparait et celui-ci peut enfin opérer son œuvre réelle sur vous. 

 

Mais je vais commencer par le commencement. Nous sommes ici au XVIe siècle. Nous allons suivre Philibert Sarrazin, un docteur protestant qui, en se laissant un peu trop emporter par son enthousiasme pour les nouvelles méthodes de la médecine, se retrouve pris dans un guet-apens. Celui-ci a pour but de le faire chanter pour obtenir de lui des révélations sur Michel de Nostradame (plus connu sous le nom de Nostradamus), le veuf de feu la sœur de sa femme, morte dans d'étranges circonstances. Ce qui semble démarrer comme une sorte d'enquête et sur Nostradamus et sur les circonstances troublantes de la mort d'Isabelle, sa première femme, se transforme en un roman de plus grande ampleur qui traitera d'une certaine manière aussi de l'époque derrière l'homme. En effet, Jean-Philippe Depotte va aborder ici de nombreux sujets « d'actualité » comme le protestantisme, la confrontation entre Anciens et Modernes en médecine, la peste et les croyances qui l'entourent, ainsi que les chasses aux sorcières, que ces sorcières soient protestantes ou de prétendues femmes du diable.

 

Cet aspect d'étude d'une période historique est pourtant celui à m'avoir le moins emballée. Tout d'abord parce que, comme je l'ai déjà souvent dit ici, je ne suis pas forcément la personne la plus cultivée historiquement parlant qui soit. J'essaie d'améliorer mes maigres connaissances (ne serait-ce que pour pouvoir mieux donner cours) mais je suis encore loin de pouvoir appréhender correctement la situation des protestants au XVIe siècle sans quelque aide. Or, je dois dire ne pas avoir réussi à comprendre exactement ce que pouvaient ou ne pouvaient pas faire les protestants sous les différents rois et reines qui jalonneront ce récit (car celui-ci débute avec l'accident qui causera la mort d'Henri II - et j'ai dû aller faire un tour sur Google pour savoir de quel Henri il s'agissait - et se termine sous la régence de Catherine de Médicis). Ensuite parce que l'autre chasse aux sorcières de ce roman, celle qui ne concerne pas les protestants mais bien ces femmes que l'on accuse d'avoir pactisé avec le diable après l'abandon de leur dieu, m'a laissé un petit goût amer en bouche. C'est le seul élément que je n'ai pas réellement réussi à appréhender dans le livre, celui qui me tourne encore en tête parce que je n'arrive pas à comprendre sa résolution, qui me dérange un peu.

 

Si ce récit s'était contenté de cette peinture d'une époque sans apporter quelque chose de nouveau, je serais restée sur une impression un peu plus mitigée, ayant apprécié l'histoire et l'écriture, mais n'ayant pas été emportée par le tout. Cependant, Les Jours étranges de Nostradamus se révèle être bien plus qu'un simple roman historique prenant comme excuse de raconter la vie d'un quidam de quelque importance ayant connu un personnage célèbre pour nous parler d'une période trouble de l'histoire. Car le but de ce livre n'est pas uniquement de mieux comprendre cette époque et l'homme qui a eu une telle influence sur celle-ci, il va un cran plus loin.

 

En effet, même s'il est peu présent dans le récit et si nous le découvrons surtout indirectement, par les pensées et les réflexions de Philibert, Nostradamus est incontestablement le personnage principal de ce roman, celui dont le mystère envoute et interroge à la fois. Philibert partage notre fascination pour cet homme énigmatique (ou est-ce plutôt nous qui partageons la sienne?) et concourt à nous faire découvrir l'astrologue sous un jour nouveau, celui humain, celui scientifique aussi, celui de l'ami et collègue qui semblait partager les rêves et ambitions de ce protestant dévoué à la vision de la médecine apportée par André Vésale et Ambroise Paré. A l'époque à laquelle se déroule le récit, Nostradamus s'est apparemment complètement détourné de cette vision moderniste ainsi que de la science en général, et Philibert va essayer de comprendre pourquoi, en se détachant de la question du prophète pour voir l'homme qui se cache derrière, l'homme qu'il a connu, lui, avant qu'il ne devienne une légende vivante.

 

C'est d'ailleurs là que réside le véritable intérêt de l'histoire. Non dans les dénonciations parfois maladroites (et longuettes) des chasses aux sorcières aussi diverses qu'elles soient, mais dans le discours sur la science et la religion, et dans ce que nous devinons de Nostradamus à travers ceux-ci. C'est que Jean-Philippe Depotte nous offre dans ce livre une théorie sur l'astrologue qui ne se révèlera que quand on commencera à mieux le connaître et qui m'a réellement impressionnée, par sa simplicité et son efficacité foudroyantes. Elle permet d'aborder Nostradamus différement, de ne plus s'intéresser à ses prophéties mais bien à l'homme qui est derrière. C'est ce petit détail qui fait passer ce roman de sympathique à inoubliable.

 

Avant de conclure, je voudrais juste préciser que même si elle attire le regard de manière plutôt efficace (mais peut-être est-ce là son réel but), la couverture de ce livre aurait pu facilement me dissuader de l'acheter. Du coup, à ceux qui auraient eu la même réaction, je conseillerais de ne pas y faire attention et de se fier pour une fois au fameux « Never judge a book by its cover », que je ne suis moi-même que quand ça m'arrange. 

 

Au final, Les Jours étranges de Nostradamus est un roman historique prenant mais qui s'éparpille un peu trop à certains moments. Cependant, ses quelques défauts sont rapidement oubliés une fois le livre refermé, quand la réelle teneur de l'histoire nous tombe dessus et nous apporte un regard nouveau sur tout ce que nous venons de lire. A conseiller donc.

 

 

* * * (**)

 

CITRIQ

Publié dans : Les livres francophones - Communauté : Interlignes
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"Après le plaisir de posséder des livres, il n'y en a guère de plus doux que d'en parler."

Charles NODIER

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