Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 22:19

 

Seuil / Points

Genre : conte fantastique

Pourquoi ce livre ? Parce qu'on me l'a offert (tout simplement).

 


Les-intermittences-de-la-mortRESUME :
Dans un pays inconnu, plus personne ne meurt. Les hôpitaux regorgent de malades, les entreprises de pompes funèbres et les compagnies d'assurance font faillite, les familles conduisent les membres les plus encombrants aux frontières, l’Église est menacée de disparition : sans mort, pas de purgatoire, de Paradis ni d'Enfer... Mais un beau jour la mort revient sauver les hommes.

 


MON AVIS :
Les intermittences de la mort est une étrange histoire qui revêt les atours d'un conte aux bords arrondis par de l'humour quelque peu noir. Ça commence comme une fantaisie dont on n'arrive pas à imaginer la fin, ça se termine comme une délicieuse histoire dont on a quelque peu oublié le début. Mais le tout constitue une charmante aventure aussi surprenante qu'attachante.

 

Tout commence par une absence : la mort (et je dis bien la mort, parce que la Mort, on ne la connaît pas vraiment et on ne veut pas savoir à quoi elle ressemble, comme nous l'explique l'intéressée elle-même). Un jour, au nouvel an pour être précise, elle cesse de faucher des vies. Dès les douze coups de minuit passés, plus personne ne décède. Au début, tout le monde se réjouit. Mais bien vite, la population du pays épargné par cette malédiction qui n'a eu de cesse de hanter l'humanité réalise l'embarras dans lequel elle se trouve à cause de cela...

 

Et ce n'est que le début d'une histoire qui nous emmène du général au particulier, de la réflexion philosophico-politique (car sans mort, quel sens a encore l’Église et son discours sur le Paradis?) à l'amusement plus doux et touchant d'une rencontre née d'un affront. Je reste volontairement mystérieuse parce que je veux vous laisser le plaisir de découvrir l'évolution de ce conte qui se découpe en trois parties distinctes, ou plutôt en deux récits séparés par un intermèdes permettant de conclure le premier et de faire naître le second sans que la transition ne semble abrupte ou incongrue.

 

Je semble être ravie par cette lecture. Et je le suis. Mais avec un petit bémol qui a toute son importance. Autant j'ai aimé l'histoire et l'humour de l'auteur, autant je suis restée quelque peu perplexe devant ses choix en matière de ponctuation. Je sais, il est depuis quelques temps de bon ton de déconstruire un récit du côté grammatical de la chose. Et les expérimentations de ce genre ne me gênent pas outre mesure, à condition d'avoir quand même l'impression qu'elles apportent quelque chose à l'histoire et/ou à notre manière de la percevoir. Ici, Saramago fait des phrases à rallonge qui semblent avoir oublié ce que pouvait bien être un point. Dans les parties « contées », ce n'est pas plus gênant que ça, il suffit de ne pas oublier de reprendre son souffle en lisant. Mais pour ce qui est des dialogues, qu'est-ce que c'est pénible ! On se retrouve à lire des pages et des pages de texte continu où les interventions des différents interlocuteurs ne sont marquées que par une virgule suivie d'une majuscule, sans autre forme d'indication sur le ton ou l'émetteur de la remarque. Oublions la volonté expérimentale ou les motivations ayant poussé l'auteur à un tel stratagème stylistique. Le fait est que les parties « parlées » demande une attention fastidieuses et prennent le lecteur en otage ce celui-ci ne peut quitter le livre sans les avoir finies, au risque de devoir recommencer le chapitre au début pour réussir à suivre quelque chose.

 

Ça ne gênera pas ceux qui ont pour habitude de quitter un livre à la fin d'un chapitre. Mais de mon côté, j'aime pouvoir reposer un roman quand je le souhaite, pour urgence ou par besoin d'une pause. Dès lors, j'ai très peu apprécié le fait de ne pas pouvoir laisser ces Intermittences de la mort où et quand je le souhaitais, à cause de ce truchement stylistique qui ne m'a pas toujours séduite, et qui, même s'il ne m'a pas semblé aussi superflu et (sur)étudié que dans un La Route par exemple, ne m'est pas pour autant apparu aussi naturel et fluide que chez une Nancy Huston (pour reprendre un auteur chez qui la chose m'a plu).

 

Dès lors, le plaisir que j'ai pris à parcourir cette histoire délicieusement critique et amusante a été teinté par cette contrainte à une attention trop tendue continuellement et à l'impossibilité de reposer le livre quand je le voulais. C'est dommage. Mais en même temps, peut-être que ça n'en gênera pas d'autres...

 

Au final, Les intermittences de la mort est un conte aussi léger que réfléchi, aussi amusant que sérieux. Si le style adopté par l'auteur ne vous freine pas, il pourrait facilement vous ravir. A découvrir.

 

J'en parle également ici.

 

* * * (**)

 

LE MOMENT C.L.A.P.:

Lu en partie avant Une vie meilleure, alors que j'étais arrivée bien trop tôt pour le voir...


CITRIQ

Publié dans : Les livres SF, fantasy et fantastiques - Communauté : Interlignes
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"Après le plaisir de posséder des livres, il n'y en a guère de plus doux que d'en parler."

Charles NODIER

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  Avec le soutien du C.L.A.P.

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