L'École des loisirs, coll. Medium
Genre: policier, suivi d'un journal
Pourquoi ce livre? Parce que Marie-Aude Murail bien sûr.
RESUME:
Grâce à quelques clics et une adresse mail bidon, Ruth Cassel a pu s’inscrire sur le site perdu-de-vue.com et y déposer une vieille photo de classe en noir et blanc trouvée dans les affaires de son père. La manip n’a qu’un seul but : l’aider à différencier les deux blondes aux yeux noisette sur la photo, Marie-Ève et Ève-Marie, respectivement la mère de Ruth et sa sœur jumelle, décédées à vingt ans d’intervalle. Très vite, comme s’ils avaient attendu ce signal, des anciens de la terminale S3 se manifestent. L’ex-beau gosse de la classe, une prof de philo à la retraite, une copine des jumelles et, en prime, un grand-père dont Ruth ne soupçonnait pas l’existence, s’empressent de répondre. Tout pourrait s’arrêter là… Mais la photo de classe a réveillé de terribles souvenirs. Les e-mails évoquent un meurtre commis l’année de la terminale, celui d’Ève-Marie. Ils parlent d’un étrangleur récidiviste, le tueur à la cravate. Bien plus effrayant, ils mettent en cause l’une des personnes que Ruth aime le plus au monde, son propre père, Martin Cassel…
MON AVIS:
Ce livre est en fait divisé en deux parties distinctes, je vais donc parler de chacune d'entre elles indépendamment...
Le tueur à la cravate
J'ai lu à peu près tous les livres de Marie-Aude Murail sur lesquels j'ai pu mettre
la main (il ne me manque que 4-5 livres pour maîtriser sa bibliographie). Dans le tas, seuls Tom Lorient et Mytho ne m'ont pas vraiment plu. Et je dois dire que je vais devoir
rajouter Le tueur à la cravate à cette liste.
Non que je me sois ennuyée pendant ma lecture. C'est juste que, d'habitude, lire un roman de la dame est pour moi une expérience exaltante. Quand je commence un de ses livres, je ne peux plus le
lâcher, et je le vis toujours intensément. Pas ici. Les ingrédients habituels sont là pourtant: l'homme séduisant à l'humour piquant (une tradition chez l'auteur), les situations impossibles et
qui s'enchaînent pourtant logiquement, les notes humoristiques qui me font tant aimer ces livres et la petite histoire d'amour charmante à la clé. Mais l'alchimie n'a pas fonctionné pour moi
cette fois.
Je dois dire que j'ai tiqué sur plusieurs choses, principalement sur le personnage d'Alice. En effet, Alice, qui est une ancienne camarade de classe du père de l'histoire au travail insignifiant
et un peu pot de colle, rentre dans la case « personnage pathétique » qui apitoie et dont on se moque un peu, celui qui nous paraît antipathique sans qu'on ne sache pourquoi, juste
parce que c'est son rôle. Mais quels sont les torts de la demoiselle: faire une taille 42 (oh sainte horreur!), être célibataire à plus de trente ans et se faire des films quand des hommes
séduisants s'approchent d'elle... Oh, et être un peu fade. Il y a très certainement une volonté ironique de dénoncer ce type de caricature là-derrière (ou tout du moins je l'espère), mais il n'en
reste pas moins que le personnage d'Alice m'est resté en travers de la gorge et m'a empêchée d'apprécier le livre (oui, à ce point-là). Ça a été le premier bémol, et c'est à cause de lui que j'ai
prêté attention aux autres.
Comme je n'aime pas m'appesantir inutilement sur des détails négatifs, je vais quand même mettre en avant le fait que ce roman est agréable, que l'intrigue policière est amusante, même si un poil trop facile (dans le genre, je préfère nettement celles de la série des Nils Hazard), et que les dialogues sont savoureux.
Mais bon, voilà. Je suis vraiment navrée d'avoir à dire ça, mais je n'ai pas vraiment accroché à ce nouveau roman de Marie-Aude Murail.
Comment naît un roman (ou pas)
Après Le tueur à la cravate, Marie-Aude Murail nous offre un journal
d'écriture plutôt intéressant et un peu perturbant à la fois. On y apprend en effet la manière dont s'est construit ce roman, comment ses divers éléments - qui nous semblent fixés dans le marbre
- ont en fait évolué. C'est étrange de se rendre compte qu'au tout début, l'histoire devait être complètement différente.
Marie-Aude Murail nous parle aussi des recherches qui ont accompagné la conception de ce roman, notamment sur le « ouèb » et ses sites de socialisation. A ce propos, il y a quelque
chose qui m'a faite un peu tiquer (oui, encore)(je sais, je suis embêtante sur ce coup-ci)(mais bon, je ne peux pas non plus tout le temps faire des articles dithyrambiques sur l'auteur, vous
vous lasseriez à force!). Pour son livre, Marie-Aude Murail s'est mise à internet et a commencé à explorer le phénomène de l'exhibitionnisme internautesque. Elle a surtout considéré les blogs.
Étant moi-même blogueuse (ah bon?), vous pensez bien que ses réflexions sur le sujet m'ont intéressée. Mais apparemment celles-ci se sont limitées à l'aspect « Skyblog ». L'auteur
décrit donc les blogs comme des espaces exhibitionnistes et soumis à l'approbation des pairs, dans une volonté presque uniformisante. Mais pourquoi s'être limitée aux blogs adolescents de ce
type? Pourquoi ne pas avoir exploré la blogosphère plus loin, et avoir étudié la question des blogs d'adultes/des blogs autres que de type « journal intime »? Je dois dire que le monde
des blogs décrit par Marie-Aude Murail ne ressemble pas du tout à celui que je fréquente. C'est presque comme si on n'observait que le mauvais côté de la blogosphère, sans voir tout ce qu'elle
peut apporter d'incroyable. C'est dommage je trouve. Mais bon, c'est ce qui colle au propos qu'a voulu développer Marie-Aude Murail...
Au final, ce livre fut pour moi une petite déception, avec son roman que j'aime un peu moins et son journal qui m'en a appris un peu trop sur les démarches de l'auteur... Mais bon, ce n'est que partie remise et j'attends le prochain Marie-Aude Murail avec impatience.
* * * (* * * (*) pour le journal)
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