Pocket Science-Fiction
Genre: science-fiction
Pourquoi ce livre? Au départ? Aucune idée. Il était dans les promotions 3+1 gratuit du Carrefour, le titre m'a plu mais je n'ai embarqué aucun autre livre, donc je ne sais plus pourquoi j'ai emporté celui-là. Et comme Lhisbei venait de l'acheter aussi, nous avons d'office pensé « lecture commune » (ça devient une habitude)(et tant mieux ^_^).
RESUME:
Imaginez un monde où les organes de presse auraient le pouvoir de copyrighter l'information...
Un monde où il serait possible de déléguer les tâches subalternes auprès de clones et mener ainsi plusieurs vies de front...
Un monde où l'avenir serait prédéterminé en fonction d'un ADN attribué...
Un monde dans lequel il serait concevable de parcourir l'univers en s'incarnant dans des entités extraterrestres...
Un monde qui, ayant banni la mort, punirait le suicide par une peine de vie à perpétuité...
Imaginez... demain.
MON AVIS:
En toute sincérité, je n'avais jamais entendu parler de cet auteur français de science-fiction avant de tomber par hasard sur ce livre-ci (qui s'est avéré en fait être un recueil de nouvelles, chose que je n'ai comprise qu'en terminant la première desdites nouvelles)(oui, parfois je suis longue à la détente). Comme je l'ai déjà dit, j'ai d'énormes lacunes en SF française et je me suis rendue compte en lisant Le monde, tous droits réservés que celles-ci sont juste impardonnables. En effet, Ecken n'a rien à envier aux auteurs anglo-saxons qui peuplent le rayon SF de ma bibliothèque.
Pendant ma lecture, je n'ai pu m'empêcher de penser à Axiomatique, le recueil de nouvelles d'Egan que j'ai lu récemment. Bon, n'exagérons rien, Ecken n'a pas provoqué chez moi autant de vertiges émerveillés qu'Egan, mais leur manière respective d'utiliser la « hard SF » pour porter une réflexion sur notre « humanité » n'est pas sans quelques similitudes. Et le fait que Le monde, tous droits réservés soit lui aussi très inégal au niveau de la qualité et de l'intérêt de ses nouvelles n'a fait que sceller encore plus la ressemblance dans mon esprit. En fait, je dirai, pour être précise, qu'Ecken abandonne l'ardeur scientifique d'Egan (en conservant quand même une réflexion poussée mais plus facilement compréhensible - parfois même un peu trop à mon goût mais passons) pour adopter une optique plus personnelle, plus humaine, plus « chaleureuse » (j'ai même parfois été étonnée par la manière dont l'auteur a su faire vibrer une corde sensible en moi, juste comme il faut, sans en faire trop, par quelques remarques, par un moment plus intense, discrètement mais efficacement en somme).
Ce recueil comporte plusieurs nouvelles mais je ne vais pas vous parler de chacune d'elles, uniquement de celles qui m'ont plu, laissant de côté celles qui m'ont paru moyennes, voire oubliables (il y en a quelques unes malheureusement, mais certaines autres sont tellement incroyables qu'elles effacent cette impression négative laissée par Membres à part entière, Edgar Lomb, une rétrospective ou encore Les déracinés). Mais avant cela, je voudrais juste glisser quelques mots sur la courte préface de Roland C. Wagner qui, une fois n'est pas coutume pour ce genre d'exercice, m'a énormément plu. Le monsieur a su mettre en avant des éléments concernant Claude Ecken qui m'ont intriguée suffisamment pour me rendre impatiente de lire le reste du livre. Chapeau.
Je vais aller dans l'ordre du livre mais je tiens à signaler que la première nouvelle est celle que j'ai préférée, et de loin. J'ai dû l'annoter à toutes les pages tellement je l'ai trouvée intéressante.
Le monde, tous droits réservés
Dans un monde où les informations sont devenues un produit à acheter en exclusivité pour avoir le droit d'être le seul à pouvoir les diffuser, un jeune journaliste va doucement découvrir à quel point l'information comme produit de consommation est quelque chose de dangereux et de vidé de son sens.
« Ils ne sont pas paumés, au contraire! C'est nous qui sommes décalés! Ils ont très bien compris que l'évènement, c'est du spectacle, pas de l'information. Un copyright sert bien à protéger une création, n'est-ce pas? La réalité, elle, n'appartient à personne. Alors, c'est bien de la création que nous vendons! [...] Le jour où nous nous sommes mis en tête de vendre le réel comme s'il s'agissait d'un banal produit de consommation, nous en avons fait de la fiction. » (p. 53)
« Après avoir asservi la nature, nous avons modelé le réel. Nous en avons fait un spectacle. Cette fois, nous dominons toute la création puisque, qu'il soit provoqué ou non, nous avons le contrôle de l'évènement. » (p. 63)
En tant qu'ancienne étudiante en communication, il faut dire que cette nouvelle m'a particulièrement parlé. Elle aborde une problématique d'une actualité (sans mauvais jeu de mot) terrifiante je trouve: l'achat et la manipulation des évènements pour créer, littéralement, l'information. La vision d'Ecken est d'une justesse incroyable, et même si son histoire se situe dans un futur hypothétique, elle parle de notre manière actuelle de traiter l'information de façon aussi juste que glaçante. Soyons fous, je trouve que cette nouvelle devrait être donnée à lire à tout futur journaliste, pour le faire réfléchir un peu à sa profession.
La dernière mort d'Alexis Wiejack
Alors que l'on renouvelle facilement les organes et que l'espérance de vie est devenue incroyablement élevée, un homme qui a voulu se suicider (et qui a réussi à se tuer) est ressuscité pour subir une lourde peine. C'est que dans ce monde presqu'éternel, il est interdit de vouloir mourir...
Cette nouvelle intéressante vaut surtout pour son idée perturbante.
En sa tour, Annabelle
Voici une nouvelle qui ne me semble pas être de la SF (ou alors j'ai loupé un détail)(à la limite, la maladie
pourrait être inventée, mais le reste...). Elle raconte l'histoire de l'attachement démesuré d'un frère pour sa sœur qui souffre d'une étrange maladie qui la rend incapable de communiquer
« normalement ». Elle ne cesse de dire des choses étranges qui fascinent son frère. Celui-ci n'a de cesse de boire ses paroles et nourrit pour elle un amour qui dépasse les frontières
de ce qui lui est permis d'éprouver.
Cette (très) courte nouvelle est d'une beauté et d'une candeur incroyable, et je ne peux m'empêcher de me
demander si elle comporte une petite part autobiographique. Elle m'a beaucoup touchée en tout cas.
La fin du Big Bang
Un enfant pose d'étranges questions et son entourage semble le prendre pour un original. En grandissant, il réalise qu'il se souvient de changements survenues dans la « réalité » que tous les autres semblent avoir oubliés. Jusqu'à ce qu'il rencontre une autre personne qui possède le souvenir des autres réalités et qu'ils décident d'essayer de comprendre ce qui leur arrive.
Cette nouvelle très originale allie parfaitement aspect troublant et intelligent à l'histoire intime. La théorie avancée est amusante, même si peu crédible. Mais le tout donne un des meilleurs récits du recueil.
Au final, Le monde, tous droits réservés est un recueil de nouvelles inégal mais qui recèle de telles perles qu'il serait dommage de passer à côté. Ecken est décidément un auteur qu'il me faudrait découvrir plus en profondeur.
En lecture commune avec Lhisbei.
* * * *
Derniers Commentaires