Denoël, coll. Lunes d'Encre / Folio SF
Genre : fantastique
Pourquoi ce livre ? Parce que j'aime bien cet auteur et que le titre est quand même intrigant. Un petit clin d’œil à la personne qui m'a permis de le lire.
RESUME :
Victime d'un attentat à la voiture piégée, Richard Grey, cameraman professionnel, se remet peu à peu dans une clinique où il est gardé au secret par le gouvernement britannique. C'est là que son ancienne petite amie, Susan Kewley, une artiste, finit par le retrouver. Mais Grey n’a plus aucun souvenir d’elle, elle pourrait aussi bien n’avoir jamais existé. Peu à peu, la mémoire va lui revenir et, avec elle, l’évocation d’un don étrange que Sue posséderait : le glamour, la faculté de se rendre invisible.
Nouvelle exploration de ce qu’est la réalité, nouveau tour de force de Christopher Priest, qui offre avec Le glamour un de ces romans vertigineux dont il a le secret, qui ne se dévoilent que peu à peu et gagnent à être lus et relus.
MON AVIS :
De Christopher Priest, je n'avais lu que Le Prestige et Une femme sans histoire, que j'avais tous deux aimés. Il était donc temps de continuer à découvrir cet auteur. Quoi de mieux que ce Glamour à la superbe couverture pour ce faire ? Me voilà donc plongée dans cet étrange récit sans savoir à quoi m'attendre, si ce n'est à rencontrer quelques personnes invisibles. Mais les livres précédents de l'auteur m'ont appris qu'il y avait souvent plus que le simple sujet de départ dans une histoire de Priest. Comme de fait...
Nous découvrons ici les choses en même temps que Richard Grey. Ce caméraman émérite se réveille partiellement amnésique des suites d'un attentat à la voiture piégée dont il a été victime par hasard. Il se rétablit depuis plusieurs mois dans un institut à mi-chemin entre l'hôpital et la maison de repos et il essaye de se reconstruire peu à peu. C'est qu'il a oublié les dernières années de sa vie et se retrouve un peu perdu à cause de cela. La visite d'une femme qui prétend être son ex-petite amie va précipiter son envie de se souvenir. Et va commencer alors la course à la mémoire, entre épisodes fantasmés, rêvés ou vécus. Richard va avoir du mal à faire la différence entre tous ces souvenirs qui s'accumulent en se contredisant.
Le glamour est un récit fantastique, mettant en scène une capacité surnaturelle qui fait fantasmer comme elle fait peur : celle de disparaître aux yeux des gens. C'est plus un don qu'un pouvoir. Certains savent peindre. Certains savent charmer. Certains savent se faire oublier. Mais Le glamour, c'est aussi une réflexion sur notre manière de percevoir la réalité. Christopher Priest va s'amuser à jouer avec ses lecteurs en leur donnant de fausses pistes, de faux souvenirs, de faux déroulements du passé du héros. Nous allons nous retrouver aussi perdus que Richard, non dans un labyrinthe mais dans une superposition de différentes versions d'une même histoire. Est-ce que son appartement a quatre ou cinq pièces ? Est-ce qu'il est allé à Saint-Raphaël ou a-t-il voyagé dans l'Angleterre? Peu à peu, l'auteur nous fait douter, nous manipule, nous étonne. Et s'amuse à glisser un discours parallèle sur la manière dont nous percevons la réalité, aussi bien avec nos souvenirs qu'avec nos sens.
Mais c'est très bien tout ça me direz-vous. Tout à fait. Mais il y a un « mais ». En effet, je me suis beaucoup amusée avec cette déconstruction de la réalité discrète et sur plusieurs niveaux. Jusqu'à ce qu'arrive la conclusion de l'histoire, qui m'a tout gâché. Alors que j'avais trouvé l'auteur plutôt fin dans ses intentions auparavant, j'ai eu l'impression de le voir débarquer avec ses gros sabots dans une explication finale qui m'a complètement fait sortir du récit et de la réflexion qu'il amène. Autant ce type de pirouette m'a amusée chez Jonathan Coe, qui l'a utilisée avec légèreté et humour sans en faire trop, autant elle m'a paru artificielle et inutile ici. Je me suis même demandée à un moment si ce n'était pas là une manière un peu trop facile de terminer un récit prometteur dans lequel l'auteur s'était embourbé malgré lui, et j'espère vraiment que ce n'est pas ça. J'ai en tout cas trouvé cette fin beaucoup trop expéditive. Et décevante donc. Pas du tout à la hauteur de tout ce qui avait été sous-entendu avant. Dès lors, je vais juste m'efforcer de l'oublier pour ne retenir que ce que j'ai aimé d'un livre qui se lit tout seul tellement il est prenant.
Au final, Le glamour est un roman prometteur et intéressant, construit sur plusieurs niveaux, mais dont la fin m'a énormément déçue et ne me paraît pas à la hauteur du reste. C'est dommage. Et c'est surtout frustrant.
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