Mercredi 18 mai 2011 3 18 /05 /Mai /2011 22:59

 

La Volte / Folio SF

Genre : science-fiction, pirates

Pourquoi ce livre ? Parce qu'on l'a mis sur ma route alors que j'étais un peu trop intimidée pour croiser volontairement la sienne. Un petit clin d’œil à la personne qui m'a amenée à le lire.

 

 

le déchronologueRESUME :

«Je suis le capitaine Henri Villon, et je mourrai bientôt.
Non, ne ricanez pas en lisant cette sentencieuse présentation. N’est-ce pas l’ultime privilège d’un condamné d’annoncer son trépas comme il l’entend? C’est mon droit. Et si vous ne me l’accordez pas, alors disons que je le prends.
»
 

Ainsi débute le récit du capitaine Villon. Il lutte avec son équipage de pirates pour préserver sa liberté dans un monde déchiré par d'impitoyables perturbations temporelles. Son arme : le Déchronologue, un navire dont les canons tirent du temps.

 

 

MON AVIS :

« Ces dieux-là ne naîtront pas avant la fin du monde mais leurs paroles nous sont déjà connues. Tu as vu k'uhul ajaw, le seigneur divin qui a déchiré le temps pour revenir sauver la planète de la destruction. Il a amené avec lui ceux qui sont nés du feu, la parole de m'owarx et la sagesse de trojxqi, la connaissance des maravillas et la force de s'en servir. » (p. 263)

 

Le Déchronologue, c'est un peu comme cet extrait : avant de s'y plonger, on se demande ce que tout ça peut bien être et on a peur de ne rien y comprendre. Puis on le lit, et tout ce qui semblait obscur s'éclaircit peu à peu, on peut enfin saisir les subtilités et s'amuser avec les références (c'est bêtes, mais ces évocations de Marx et Trotsky dans un contexte aussi étrange m'ont bien fait rire, comme plusieurs autres d'ailleurs, la préciosité des conservas en tête).

 

J'ai abordé ce roman en « néophyte ». J'en avais entendu beaucoup de bien mais sans jamais prendre la peine de lire un article à son sujet ou de découvrir quelle pouvait bien être la particularité de ce livre qui semblait déchaîner les passions des foules SFesques. Du coup, je ne savais pas à quoi m'attendre et c'est seulement après l'avoir commencé, alors que j'étais dans les premiers chapitres, que j'ai réalisé - dans ma splendide innocence - la spécificité de ce Déchronologue, ma lanterne ayant été éclairée par une Lhisbei qui ne pensait sûrement pas m'apprendre quelque chose en plus : la chronologie du récit est chamboulée de manière plutôt inhabituelle.

 

En effet, les chapitres de ce livre nous sont présentés dans le désordre (oui, bon, j'aurais dû m'en douter en lisant les titres des chapitres et les nombres qui vont avec, mais je dois bien l'avouer, je zappe souvent ce genre de détails, par un oubli volontaire qui n'est pas étranger à une certaine forme de paresse)(c'est bizarre, j'en vois certains rire de manière entendue derrière leur écran). Le procédé peut dérouter (passer du chapitre XXI qui se déroule en 1649 pour aller au chapitre V en 1640 puis au XIII en 1644 est loin d'être commun ou rassurant). Il peut aussi poser la question de l'artifice inutile. Il peut surtout inquiéter : pourrai-je arriver à suivre l'histoire ? Vais-je comprendre ce qui se passe à un moment? Est-ce que ça va vraiment apporter quelque chose à l'histoire ? (je me suis souvent posé la question au cours de ma lecture)

 

Répondons à ces questions dans l'ordre. Tout d'abord, est-ce qu'on arrive à suivre l'histoire ? Étonnamment, oui. Je me suis quand même posé la question de savoir pourquoi l'auteur ne nous explique pas ce que sont ces étranges problèmes temporels auxquels est confronté le capitaine de ce roman, ce pirate qui passe sont temps à chercher d'étranges maravillas dont nous ne comprendrons la nature qu'au fur et à mesure du récit et qui essaie d'échapper à des phénomènes temporelles faisant naître chez le lecteur un sentiment très proche d'un vertige flamboyant SFesque. Mais à aucun moment je n'ai perdu pied. L'histoire se laisse suivre sans problème et chaque chose nous est révélée en son temps.

 

Ensuite, va-t-on comprendre ce qui se passe à un moment ? Oui, également. Mais pas tout de suite. Et pas complètement, une part d'interprétation personnelle nous étant laissée, ce qui n'est pas une mauvaise chose en soi car cela permet à nos propres hypothèses échafaudées tout au long du récit de pouvoir continuer à exister tout en se pliant aux dernières informations que Stéphane Beauverger a bien voulu nous donner, même si cela reste quand même un peu frustrant. En effet, on pourra regretter de ne pas avoir toutes les réponses un fois le livre fermé, mais au final, ce n'est peut-être pas ça le plus important (j'aurais quand même aimé savoir « comment » pourtant...).

 

Pour finir, est-ce que ça va vraiment apporter quelque chose à l'histoire ? Là, je suis plus partagée, même si je trouve le procédé audacieux et appréciable pour ce qu'il a de risqué. D'un côté, le fait de voyager dans le temps de chapitre en chapitre fait qu'on retrouve plusieurs fois les mêmes informations et qu'au final, certains chapitres nous semblent n'être que des redites de ce que nous savions déjà, n'apportant pas assez d'informations nouvelles pour justifier d'être présents dans l'historie. J'avoue m'être parfois ennuyée ferme face à ces passages révélant en détails ce qui nous avait déjà été raconté rapidement, comme lors de celui relatant la période d'emprisonnement mâtinée de tortures de Villon (le capitaine). Je n'ai pu m'empêcher de me dire que quelques coupes auraient été nécessaires dans ces 554 pages (de l'édition de poche). D'un autre côté, le fait de chambouler la temporalité et de ne pas nous expliquer les choses dans l'ordre dans lequel elles se sont produites donne toute sa complexité et son intérêt à l'histoire. Les révélations qui viennent petit à petit, cette impression de mystère qui plane autour des étranges événements qui nous sont décrits, les interactions entre les personnages qui nous intriguent parce que nous ne sommes pas sûrs d'avoir tous les éléments en main pour les comprendre, tout cela concourt à rendre ce livre bien plus intéressant et plus marquant que si l'auteur nous l'avait livré en partant du chapitre I pour terminer par le XXVe, « banalement ». Du coup, même si j'ai parfois levé les yeux au ciel, je salue l'ingéniosité et la complexité du procédé, qui demande de doser savamment les informations, contrainte qui s'avère payante.



Et mon avis dans tout ça ? Bonne question. J'ai aimé. J'ai beaucoup aimé. A tel point que j'ai dévoré ce roman sur trois jours (longue et courte période à la fois, mais quand on sait que j'avais des corrections à faire en même temps et que le dernier jour, je me suis levée plus tôt juste pour pouvoir finir le livre avant de commencer une journée de travail qui m'aurait empêché de lire la fin avant plusieurs heures, ça dit bien ce que ça veut dire). Je suis même restée dans l'ambiance quelque temps après la lecture. Cependant, je n'ai pas adoré non plus. Peut-être parce que je ne me suis jamais réellement attachée à Henri Villon (je soupçonne le procédé narratif mis en place ici d'y être pour quelque chose). Peut-être parce que je ne suis pas forcément fanatique de l'ambiance « pirates des Caraïbes » (même si la chose ne me déplaît pas pour autant). Peut-être aussi un peu par frustration de ne quand même pas avoir su certaines choses que j'aurais aimé comprendre. Mais j'ai quand même passé un très bon moment avec Villon, Sévère, la mer et les nexus (joli hommage d'ailleurs, que je ne pouvais qu'apprécier ^_^)(mais était-ce vraiment un hommage?). Et, surtout, pour une fois, j'ai eu l'impression que l'auteur sollicitait aussi un peu mon intelligence en me demandant d'en faire plus que de juste lire et me laisser aller. Ça fait toujours du bien de constater qu'un écrivain croit en notre capacité à créer du sens au-delà de ce qu'il nous fournit comme éléments de base. Et c'est de plus en plus rare malheureusement.

 

Avant de conclure, juste une petite note sur la couverture de l'édition poche que je trouve superbe. Elle est signée Corinne Billon.

 

Au final, Le Déchronologue est un roman qui mérite sa réputation tellement il est étrange et enthousiasmant à la fois. Je ne vais pas prétendre qu'il a bouleversé mon univers livresque pour autant, mais il m'a fait passer un très bon moment, ce qui est déjà fortement appréciable. A noter qu'il plaira peut-être encore plus aux amateurs de récits de pirates et flibustiers qu'à ceux de SF.

 

 

* * * *


CITRIQ

Publié dans : Les livres SF, fantasy et fantastiques - Communauté : Chronique de nos lectures
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