Gallimard
Genre: comédie dramatique
Pourquoi ce livre? Parce que je découvre Coe depuis cet été et que son dernier roman traduit en français m'attendait cette semaine sur le présentoir de la bibliothèque.
RESUME:
Rosamond vient de mourir, mais sa voix résonne encore, dans une confession enregistrée, adressée à la mystérieuse Imogen.
S'appuyant sur vingt photos soigneusement choisies, elle laisse libre cours à ses souvenirs et raconte, des années quarante à aujourd'hui, l'histoire de trois générations de femmes, liées par le désir, l'enfance perdue et quelques lieux magiques. Et de son récit douloureux et intense naît une question, lancinante : y a-t-il une logique qui préside à ces existences ? Tout Jonathan Coe est là : la virtuosité de la construction, le don d'inscrire l'intime dans l'Histoire, l'obsession des coïncidences et des échos qui font osciller nos vies entre hasard et destin.
Et s'il délaisse cette fois le masque de la comédie, il nous offre du même coup son roman le plus grave, le plus poignant, le plus abouti.
MON AVIS:
Décidément, Jonathan Coe est en train de se faire une place de plus en plus importante dans mon cœur de lectrice. C'est le troisième livre que je lis de cet auteur, c'est le troisième livre qui m'emballe. C'est une chose étrange pourtant, car les sujets de Coe ne sont pas ceux qui me parlent le plus habituellement. Cet auteur lorgne parfois trop du côté du mélodrame, genre qui me laisse le plus souvent indifférente. Mais Coe a un je-ne-sais-quoi dans sa manière d'écrire, dans l'intelligence avec laquelle il construit ses personnages qui fait qu'il ne verse jamais dans le ridicule ou l'excessif. Il reste toujours sobre et « élégant » dans des récits qui pourraient pourtant facilement tourner au larmoyant.
La pluie, avant qu'elle tombe est une histoire de famille racontée à travers ses femmes. Elle m'a un peu fait penser à Dans les coulisses du musée de Kate Atkinson. A ceci près que, contrairement au livre de cette dernière (qui ne m'a pas plus plu que ça), j'ai su m'impliquer dans ces vies décrites finement. L'enchaînement des évènements est certes parfois poussé et le lien de cause à effet trop « évident » pour sembler réel, mais il donne lieu a une belle narration, plutôt originale. En effet, la narratrice principale de ce récit enregistre des cassettes qu'elle veut faire parvenir à Thea, une fille aveugle qui a été éloignée de sa famille pour une raison que nous ne connaissons pas au début. Elle s'aide, pour construire son récit, d'une série de photos qui feront resurgir ses souvenirs. Loin d'être fastidieux, ce procédé apporte un réel plus à cette histoire qui, si elle avait été racontée bêtement de manière chronologique par quelqu'un d'extérieur, aurait semblé froide et vaine. Mais c'est là justement toute la force de cet auteur, pour ce que j'ai pu observer jusqu'à présent: son sens de la narration.
C'est que Jonathan Coe sait trouver la formule juste, celle qui parlera à son lecteur, celle qui arrivera à le toucher. Pour exemple, voici l'extrait qui explique le titre du livre (rassurez-vous, celui-ci ne dévoile rien de l'intrigue): « Je revois Thea fronçant les sourcils en méditant ces paroles, et puis elle a proclamé: « Eh bien moi, j'aime la pluie avant qu'elle tombe. » Rebecca s'est contentée de sourire, mais moi j'ai répliqué (de façon assez pédante, je suppose): « Tu sais, ma chérie, avant qu'elle tombe, ce n'est pas vraiment de la pluie. - Qu'est-ce que c'est alors? » Et j'ai expliqué: « C'est de l'humidité, rien de plus. De l'humidité dans les nuages. » […] J'ai continué: « Tu comprends, ça n'existe pas, la pluie, avant qu'elle tombe. Il faut qu'elle tombe, sinon ça n'est pas de la pluie. » C'était un peu ridicule de vouloir expliquer ça à un enfant, et je regrettais de m'être lancée là-dedans. Mais Thea ne semblait avoir aucun mal à saisir ce concept – bien au contraire: au bout de quelques instants, elle m'a regardée avec pitié en secouant la tête, comme si c'était éprouvant pour elle de discuter de ces matières avec quelqu'un d'aussi obtus. « Bien sûr que ça n'existe pas, elle a dit. C'est bien pour ça que c'est ma préférée. Une chose n'a pas besoin d'exister pour rendre les gens heureux, pas vrai? » » p.153.
Au final, un livre incroyable qui vous prend pour ne plus vous lâcher avant que vous ayez terminé la dernière page. Un moment intense qui me restera.
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PS: Petit problème de pronociation: est ce que
vous prononcez Coe "Cou" ou "Co-é" (ou autrement)?
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