P.O.L.
Genre : je ne sais pas... Récit de vie dans le monde de l'édition?
Pourquoi ce livre ? A cause du titre, vraiment. Puis à cause du résumé. Et d'un bon pressentiment.
RESUME :
La stagiaire entre dans le bureau de Robert Dubois, l'éditeur, et lui tend une tablette électronique, une
liseuse. Il la regarde, il la soupèse, l'allume et sa vie bascule. Pour la première fois depuis Gutenberg, le texte et le papier se séparent et c'est comme si son cœur se fendait en deux.
MON AVIS :
Vous l'avez peut-être compris, je ne suis pas la partisane la plus féroce des liseuses et autres tablettes
numériques. Disons même que je ne me plierai à la chose que quand elle sera devenue inévitable. Autrement, j'en reste à mes bons vieux bouquins remplis de poussières, de taches, d'annotations au
crayon et de dos qui cassent ou pas, ils sont pour moi trop nécessaires au plaisir de lecture pour que je puisse m'en passer au profit d'un gadget électronique, toute férue que je sois de ces
derniers. La lectrice de papier en moi a peur de voir disparaître peu à peu ce qu'elle aime dans l'expérience de la lecture et se met du coup à écouter tout ce qui se dit sur les liseuses, à
suivre l'évolution de l'édition numérique et à lire les livres qui abordent le sujet. Fascination morbide pourrait-on penser, besoin de savoir ce qui se passe vous rétorquerais-je. Dès lors,
forcément, une quatrième de couverture qui m'annonce à demi-mots l'histoire du passage au numérique dans les habitudes d'un éditeur, ça ne pouvait que m'intriguer. Mais je ne m'attendais pas à
l'histoire que j'ai lue.
Parce que La Liseuse, même si elle prend comme départ ce gadget électronique qui permet au narrateur de réfléchir sur la manière dont il lit, n'est qu'une sorte de prétexte à nous raconter une histoire qui s'inscrit dans le cadre de l'édition et de son évolution mais qui le dépasse de bien des manières. Parce que ce livre, c'est avant tout une histoire tranquille et humaine, un moment de paix, de calme, de bonheur dans la vie d'un éditeur vieillissant qui se voit peu à peu dépassé mais qui arrive à reprendre les choses en main sans pour autant s'énerver ou se démener comme un fou. Il agit avec philosophie, sans se laisser emporter par des émotions vaines ou violentes, et nous laisse le temps d'un gros deux cents pages l'accompagner dans sa manière agréable et paisible de prendre la vie.
J'exagère peut-être un peu dans cette description, mais c'est pourtant la sensation qui m'a envahie en lisant ce livre, et en le quittant, ce malgré une fin inattendue et qui colore différemment toute cette histoire. L'éditeur et narrateur de ce roman est un homme passionné mais calme, intéressant mais pas saoulant, qui sait ce qu'il veut mais qui n'impose pas sa manière de voir les choses aux autres. Il a des habitudes bien ancrées, et pourtant prend le changement avec beaucoup de philosophie. Il a une manière de concevoir la vie que je lui envie énormément et j'ai adoré passer ce temps avec lui, au milieu de ses manuscrits, de ses auteurs, de ses stagiaires et de sa vie conjugale.
La Liseuse parle donc bien d'une liseuse. Mais à la manière d'Un cercle de lecteurs autour d'une poêlée de châtaignes, elle évoque surtout de loin en loin le monde du livre et de plus près une vie intéressante, faite de rencontres, de réflexions et de discussions captivantes. De plus, toujours comme pour ce dernier, cette histoire m'a permis de découvrir un auteur dont je n'avais jamais entendu parler et qui a pourtant écrit un nombre de livres impressionnant. Et ce fut une belle rencontre.
Au final, La Liseuse est un livre sur les livres, sur le monde de la littérature, sur l'édition. Mais « pas que ». C'est avant tout l'histoire d'un homme passionné par son métier et satisfait de sa vie. Ce qui, quand on y pense, est plutôt rare, aussi bien dans les romans que dans notre quotidien. Et ça fait tellement de bien de profiter un peu de la quiétude de cet homme qu'il serait dommage de vous en priver.
J'en parle aussi ici.
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