Réalisateur: Didier Cros
Pays: Belgique/France
Année: 2011
Durée: 94 minutes
Genre: documentaire
Didier Cros a réalisé un documentaire sur une « séance » de recrutement qui laisse baba devant la capacité d'humiliation et de manipulation de ce genre d'« exercice ». Celui-ci est passé en septembre sur la RTBF et en octobre sur FR2. Comme je ne regarde plus la télé depuis un bon moment, je suis complètement passée à côté de la chose, qui a pourtant fait parler d'elle. C'est via le blog de Laurel que je l'ai découverte. Et je me suis vite rattrapée. Pour en sortir encore plus dégoutée par la situation actuelle.
Je suis actuellement chômeuse. Avec un bac +5 officiel, sept années d'études derrière moi (toutes réussies du premier coup), deux encore en cours, cinq ans de travail qui plus est, je suis pourtant ce qu'on appelle une précaire. Dans un pays où on nous annonce régulièrement dans les médias, dans les maisons de l’emploi, etc., qu'on manque de professeurs, qu'on pleure après même (ah bon?!), je ne trouve pas de poste. Entre un responsable dispatchant les emplois de professeurs qui m'ignore complètement et des directeurs qui sont obligés d'engager les jeunes diplômés sans expérience malgré mes trois années d'ancienneté dans le métier (je n'ai pas le bon diplôme voyez-vous), je n'ai plus vraiment d'espoir de trouver du boulot comme professeur, j'ai donc décidé d'essayer d'autres choses. Et quand je postule autrement que spontanément à un travail, j'apprends la plupart du temps que le job proposé a été donné en moins de 12 heures (apparemment, on ne dort même plus sur une décision de ce style). Ceux qui sont dans la même situation que moi savent ce qu'il y a de désespérant à être au chômage, surtout à une période où on tape sur le dos du profiteur qui pique l'argent de l’État, à tel point qu'on va diminuer les indemnités touchées par les chômeurs, en tout cas en Belgique. Les autres, à part s'ils ont déjà vécu ce calvaire, ne peuvent imaginer le niveau de stress et d'humiliation de la chose. Et de voir ce genre d'exercice de recrutement, ça... eh bien ça me donne envie de vomir, pardon, mais je ne peux m'empêcher d'y réagir viscéralement.
On est maintenant dans une société où il faut se battre (parfois même déloyalement) pour avoir un travail, ce qui met les recruteurs et les employeurs dans une situation de force dont certains ont tendance à abuser. Le problème, c'est que les aspirants recrutés n'ont pas le choix, ils ne peuvent refuser le processus, l'humiliation parce que, comme le précise un des candidats, quand on est au chômage, on est en état d'infériorité, en état d'échec. On ressent un sentiment de honte qui nous amène à nous écraser devant ce genre de méthode, juste dans l'espoir d'avoir du boulot. De plus, on ne peut quitter une salle pour sauvegarder sa dignité, parce qu'il y a à la clé le risque de perdre le peu qui ne nous permet même pas de survivre...
Et que peut-on faire ? Rien. Absolument rien. On peut juste en appeler à l'humanité et à la droiture d'un employeur ou d'un recruteur. Et, excusez-moi, mais pour une fois, je ne vais pas jouer au Pays de Candy, je ne me fais plus d'illusions. Parce que ceux qui sont victimes de la chose ne sont pas en mesure de lutter contre elle, et ceux qui pourraient lutter contre elle n'ont aucune raison de se révolter, d'autant plus que les chômeurs, ils n'ont qu'à se débrouiller pour trouver du travail, hein, même s'ils doivent faire quelque chose qu'ils détestent, qu'ils trouvent dégradant ou qu'ils n'auraient pas accepté en temps normal (ce qui se traduit par « élargir ses horizons » dans le discours officiel)(parce qu'on se doute que quelqu'un qui recherche du travail a déjà ratissé large dans son champ de compétences, mais maintenant, il faut grandir et aller vers ce qu'on ne voulait pas faire au départ). La seule solution, c'est d'attendre d'un recruteur un minimum de bon sens et d'empathie. Mais la définition de ces concepts semble aléatoire... Je me demande d'ailleurs comment les recruteurs de ce documentaire perçoivent leur attitude envers les candidats, attitude que je trouve odieuse.
Il y a quelques années, j'ai vu un film espagnol terrifiant, El Método, qui parle des exagérations de ce genre de méthode, et dans lequel des candidats sont soumis à une telle pression que certains craquent de manière spectaculaire. Pas besoin de chercher dans la fiction, on y est, quotidiennement apparemment. Et si les employeurs ne se décident pas à arrêter d'abuser de leur situation de pouvoir, on ne pourra faire qu'assister à un envenimement de la situation.
Pour terminer, un extrait assez représentatif :
Jusqu'où doit-on aller pour avoir un emploi... ?
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