Réalisateur : Glenn Ficarra, John Requa
Pays : USA
Durée : 95 minutes
Genre : comédie (oui, comédie tout court de mon point de vue)
Acteurs : Jim Carrey, Ewan McGregor, Leslie Mann
RESUME :
L'histoire vraie d'un ex-flic, ex-mari, ex-arnaqueur aux assurances, ex-prisonnier modèle et éternel amant du codétenu Phillip Morris. Steven Russell est prêt à tout pour ne jamais être séparé de l'homme de sa vie. Ce qui implique notamment de ne pas moisir en prison. Jusqu'où peut-on aller par amour? Très loin si l'on en croit l'histoire incroyable de Steven Russell, un génie de l'évasion rattrapé par son romantisme.
MON AVIS :
Parfois, on se dit qu’on devrait faire plus confiance à son instinct. Quand j’ai vu la bande-annonce de ce film, j’ai tout de suite eu l’impression que ce serait une autre comédie « à la Jim Carrey » et non la comédie romantique poignante annoncée par l’équipe du film. Cependant, j’ai lu un peu partout que I Love You Philip Morris était un film « sérieux » de Jim Carrey comme avaient pu l’être Eternal Sunshine of the Spotless Mind (un de mes films préférés) ou Truman Show. Du coup, j’y ai cru, et j’ai même convaincu quelqu’un appréciant encore moins les grimaces de Jim Carrey que moi de venir voir ce film (elle m’en a voulu après, ayant détesté le film encore plus que moi).
Pour expliquer le pourquoi de cette critique (très acerbe vous le verrez, j’ai d’ailleurs l’impression que je vais me faire quelques ennemis), il faut que je vous dise que je ne suis pas (du tout) fan de Jim Carrey en tant qu'acteur burlesque. Je l'ai réellement découvert dans ses rôles sobres et déplore depuis sa tendance à l’exagération et à l’abus de grimaces faciales et de situations absurdes/embarrassantes, qui gâchent à mes yeux le talent qu’il possède indéniablement. J’ai parfois rigolé devant ses comédies, mais je ne suis pas cliente de celles-ci.
Du coup, qu’elle n’a pas été ma surprise ET ma déception de me retrouver ici devant une comédie à la Carrey, purement et simplement. J’essaie encore à ce jour de comprendre pourquoi ce film est présenté comme une comédie romantique ou un drame, alors que c’est clairement une comédie, ni plus ni moins (et je rappelle que les comédies n’ont pas forcément un fin heureuse). Si vous ne me croyez pas, allez voir le lancement, qui reflète très bien l’ambiance du film à mes yeux. Si vous avez vu le film, je prendrai pour preuve l’une des premières scènes, quand Jim Carrey retrouve enfin sa mère adoptive et va la voir. Là où je pensais avoir droit à une scène sobre, comme le demandait la situation, je me suis retrouvée face au Carrey faisant ses singeries habituelles devant le refus de la femme qui l’a enfanté de reconnaître son existence (et de secouer la porte, et de pleurer comme un clown, et de demander pourquoi oh pourquoi elle ne voulait pas lui parler, etc., etc.). Cette scène-là a donné le ton du film pour moi.
Et Jim Carrey d’enchaîner les moments grand-guignolesques, par exemple quand, tout juste après avoir eu un accident, il décide subitement d’assumer son homosexualité au grand jour. Fallait-il vraiment qu’il le braille en continu et en « dolby surround » alors que les secouristes l’emportent ? N’est-ce pas là un autre signe du genre de film dans lequel nous sommes ?
La doublure française n’a certainement pas aidé, mais je n’ai pas non plus apprécié la prestation d’Ewan McGregor (qui est pourtant un acteur que j'admire, et ce depuis une petite quinzaine d’année, c’est dire si je suis fidèle !). Jamais de ma vie je n’aurais cru dire ça un jour de lui. Pour l’excuser, j’ai l’impression qu’il a adopté la manière un peu caricaturale de Carrey de jouer, histoire de coller au ton du film, ce qui est louable en soi, une différence de registre de jeu entre les acteurs principaux aurait été trop choquante (mais ça ne change rien au fait que je n’ai pas aimé sa prestation). Le seul moment que j’ai réellement apprécié dans I Love You Philip Morris, c’est l’avant dernier plan d’une beauté et d’une tranquillité incroyable, dans lequel on observe un McGregor calme et amoureux à travers le regard du personnage de Jim Carrey.
Un dernier mot sur la caricature de l’homosexualité dans ce film. Il est vrai
qu’elle est d’une exagération que l’on voit de plus en plus rarement (heureusement !) depuis quelques années dans les films plus ou moins sérieux mais ne dépare pas en fait dans une comédie
de Carrey, type de film qui joue presque toujours sur la stéréotypisation des personnages. Cependant, cette constatation m’amène à poser une question on ne peut plus sérieuse. Aurions-nous autant
parlé de ce film s’il avait mis en scène une histoire d’amour (à laquelle je n’ai pas cru une seconde) entre un homme (le prisonnier) et une femme (mettons une gardienne de prison) ? Non, je
ne crois pas, et c’est là tout le problème. Parce que ce film fait bien ressortir un travers important de notre société soi-disant tolérante : si l’on ressent autant le besoin de parler d’un
film qui serait passé inaperçu sans cette relation homosexuelle qu’il met en scène, c’est bien le signe que l’homosexualité est bien loin d’être réellement acceptée.
Et si vous voulez absolument défendre des films ayant le courage (c’est encore malheureusement le terme qu’il faut utiliser apparemment) de mettre en scène des relations homosexuelles, allez plutôt voir Tu n’aimeras point ou Country Teacher (ou encore le prochain A Single Man de Tom Ford), films autrement meilleurs, plus aboutis et plus tolérants que cette farce qu’est I Love You Philip Morris.
En bref, un film à réserver à ceux qui aiment l’humour de Jim Carrey, les autres risques de s’ennuyer ferme et de se demander pourquoi on fait autant de bruit autour de cette comédie passable…
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