Tristram
Genre: thriller psychologique
Pourquoi ce livre? Parce que j'avais envie de lire cet auteur sans savoir par quoi commencer. Ce livre semblait être là, lors de mon passage à la Fnac de Bruxelles, comme la réponse à ma question.
RESUME:
Pangbourne Village est un enclos résidentiel de luxe près de Londres, où une dizaine
de familles aisées — directeurs généraux, financiers, magnats de la télé — vivent en parfaites harmonie et sécurité. Jusqu’au jour où l’on découvre que tous les enfants viennent d’être kidnappés
et leurs parents sauvagement massacrés.
Deux mois après les faits, les enlèvements ne sont toujours pas revendiqués. Les enquêteurs sont dans l’impasse. Impuissants, ils se repassent avec effarement la vidéo tournée sur la scène du
crime. La froideur méticuleuse des assassinats ajoute à l’impression d’être en présence d’une tuerie hors-norme.
La police décide de faire appel à un psychiatre, le docteur Richard Greville, pour reprendre l’enquête.
Dans ce bref roman magistral — qui rappelle le formidable auteur de nouvelles qu’il est par ailleurs — J.G. Ballard explore les conséquences extrêmes de la logique
ultra-sécuritaire.
MON AVIS:
Sauvagerie, qui est plutôt une longue nouvelle qu'un court roman, est une
histoire prévisible tout en restant intrigante et prenante. Bien que l'on devine rapidement qui a fait le coup et pourquoi, la description de l'évolution des sentiments du/des coupable(s) est
très bien construite et pose une question de société des plus intéressantes (que malheureusement je ne pourrais pas mettre en avant ici pour ne pas dévoiler la résolution de l'enquête).
Je voudrais toutefois me pencher sur la petite communauté présentée ici. Elle est constituée par quelques familles aisées aussi bien financièrement que culturellement ayant décidé de vivre dans
un milieu fermé et contrôlé à outrance. Ballard nous montre comment ces adultes, qui ont décidé de créer une sorte d'utopie pédagogique, ont la mainmise sur les vies de leurs enfants afin de leur
donner ce qu'ils considèrent être la meilleure éducation possible. C'est dans ce « meilleur des mondes » trop « propre » et maîtrisé que va faire irruption de manière
imprévisible ce massacre sauvage et ce kidnapping de masse mystérieux. Le psychologue qui aide les enquêteurs ne pourra s'empêcher de poser la question de la légitimité d'une telle manière de
régir la vie de ses enfants, et nous à travers lui.
J.G. Ballard a le mérite de déjà problématiser en 1988 une dérive pédagogique qui prend une ampleur de plus en plus conséquente vingt ans après la publication de ce livre. Celle-ci revêt du coup des allures prophétiques en ce qui concerne les conséquences d'une éducation trop poussée. En effet, ne sommes-nous pas en train d'assister à la création de plus en plus marquée d'une société à deux vitesses? La culture et la formation individuelles semblent d'un côté souvent mises de côté par des parents qui laissent les ados livrés presque à eux-même, avec pour nounou la télé et internet. D'un autre, certains parents semblent, eux, vouloir contrôler de trop près les activités « épanouissantes »de leurs enfants afin de leur offrir le plus de chances possibles. Ces derniers oublient toutefois que l'individu se construit tout d'abord à travers le jeu et l'ennui, par cette capacité à s'imaginer et à se projeter soi-même dans le futur plutôt qu'à travers le regard des adultes.
En bref, un petit livre, certes, mais très intense et surtout glaçant. J.G. Ballard décrit, avec une froideur clinique, une « sauvagerie » qui prend parfois des allures prophétiques quant à certaines dérives de notre société recherchant l' « individu le plus performant à tout prix ».
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