Mercredi 30 mai 2012 3 30 /05 /Mai /2012 00:04

 

Les éditions de Minuit

Genre : entre fantastique et science-fiction

Pourquoi ce livre ? Parce que j'avais envie de tenter Robbe-Grillet depuis quelque temps et que ce titre-ci m'a tapé dans l’œil.

 

 

http://24.media.tumblr.com/tumblr_m4r4mceW3U1r13bkko1_1280.jpgRESUME :

Le court récit que nous donne ici Robbe-Grillet va sans doute surprendre ceux qui le prétendent un auteur “ difficile ”. On peut en effet sans aucune peine lire cette histoire “ d'amour et de science fiction ” (comme dit la petite Marie) en n'y voyant que la narration scrupuleuse d'une aventure, étrange certes, mais bien enracinée dans notre Paris d'aujourd'hui, parfaitement reconnaissable.
Pourtant, derrière ce décor tout à fait quotidien derrière la façade lisse de cette écriture tranquille, transparaît un des problèmes qui ont le plus remué les consciences du XXe siècle et tout le roman moderne : celui de la “ cohérence ” du réel, c'est-à-dire celui de la continuité causale du temps, de la matière et de l'existence. 

Entre les pavés disjoints d'une ruelle, dans les interstices trop larges, apparaît tout à coup un autre univers, qu'il est trop facile d'appeler “ rêve ” ou “ fantasmes ”. Que serait un amour qui se garderait, par prudence, d'y regarder ? En fait, la mise en abîme des fictions successives qui s'emboîtent retrace cette marche dangereuse au bord des abîmes, avec chutes vertigineuses et passages secrets, qui constituent notre vie. 

Depuis Un régicide, son premier roman, Robbe-Grillet n'a cessé (bien souvent sous le masque pervers de l'objectivité ou de la blancheur) d'en explorer les détours imprévus, les impasses, les miroirs, les fascinations, les scintillements et les fantômes... Mais peut-être faut-il dire aussi que l'humour de l'auteur nous joue cependant, ici, d'autres tours...

 

 

MON AVIS :

Certains auteurs ont une telle réputation qu'il est difficile de passer outre et de tenter de vérifier les choses par soi-même. Alain Robbe-Grillet m'effrayait un peu, surtout parce que je ne savais pas du tout à quoi m'attendre de sa part. C'est donc assez précautionneusement que j'ai débuté cette lecture, pour me retrouver complètement prise par un récit qui s'est révélé étonnant à plus d'un titre.

 

Alain Robbe-Grillet a reçu en 1981 une commande d'une université américaine lui demandant d'écrire une court roman dont les difficultés grammaticales et de conjugaison évolueraient au fil des pages. C'est ainsi qu'il a pondu un récit écrit au présent dans ses premiers chapitres et dont les temps et la grammaire se complexifient en cours de route. Rien de folichon dans cette perspective me direz-vous. Ce serait oublier que derrière cette contrainte formelle se dresse une histoire qui, elle également, s'enrichit de chapitre en chapitre.

 

Simon Lecoeur se rend à un entretien pour un travail. Il y rencontre Jean (prononcez « Djinn »), une jeune américaine qui semble vouloir le recruter pour une organisation secrète. Alors qu'il est en route pour sa première mission, il croise le chemin d'un garçon qui s'évanouit. Il ne se doute pas qu'en l'aidant, il va se retrouver emporté dans une chaîne d'événements aussi déroutants et absurdes que bizarrement reliés entre eux.

 

Le roman (ou la nouvelle, cela dépend des critères) qu'Alain Robbe-Grillet nous offre ici est juste bluffant, contraintes techniques ou pas à la clé. D'une histoire d'amusante évoquant quelque peu certains films d'espionnage français des années 70 (avec la pointe d'humour qui ne va pas sans), on passe à un récit de plus en plus élaboré dont l'évolution surprenante donnerait presque l'impression d'être rentré dans un roman de Philip K. Dick. Tout y est : les doutes sur l'identité, les découvertes troublantes, le jeu sur la réalité et sur la perception, une mise en abyme assez surprenante, et plus encore.

 

C'est donc assez épatée par ce récit court mais diablement efficace que je suis sortie de Djinn, avec l'envie de découvrir le reste de l’œuvre de son auteur. Il est d'ailleurs amusant de constater la manière dont un écrivain de littérature « blanche » reconnu par la critique et l'« intelligentsia » peut nous offrir un parfait triture-méninge à cheval entre fantastique et science-fiction sans que personne ne s'en soit offusqué. La preuve que la SFFF peut plaire à tout le monde, et que ce ne sont que les préjugés qui en tiennent éloignés les lecteurs susceptibles de prendre plaisir à découvrir ce(s) genre(s)...

 

Au final, Djinn est un petit récit aussi convaincant qu'étonnant, une sacrément bonne surprise que je ne peux que vous recommander.

 

 

* * * **


CITRIQ

Publié dans : Les livres SF, fantasy et fantastiques - Communauté : Chronique de nos lectures
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Mardi 29 mai 2012 2 29 /05 /Mai /2012 14:36

 

Juste parce que j'adore cette chanson, que je viens de l'entendre et que j'ai eu envie de l'avoir "facilement sous la main"... Enjoy:

 

 

Pour ceux que ça tente, l'album complet s'écoute ici (oui, je viens de tomber sur des albums entiers compris dans une seule vidéo sur Youtube, j'adore)(ou quand Cachou découvre le monde...)

Publié dans : La musique - les morceaux à écouter
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Lundi 28 mai 2012 1 28 /05 /Mai /2012 23:06

 

La Volte

Genre : parfois fantastique, parfois science-fiction, parfois des deux, parfois autre chose

Pourquoi ce livre ? Parce qu'il était temps que je découvre réellement Damasio après tout le bien qu'on a pu me dire de cet auteur.

 

 

aucun souvenir assez solide DamasioRESUME :

Alain Damasio nous invite à la rencontre de grands « vivants », c'est-à-dire de grands claustrophobes, amoureux de l’air et de l’Ouvert. Champions de toutes les aérations, celles de l’espace, du son, des mots, du collectif, et de ce fait totalement libres, entrés en un jeu d’échos fou avec les mouvements du monde, ils tracent et suivent leurs lignes de fuite, tel le surfeur qui n’existe et ne consiste que dans la furtivité.

« Si tu parviens à traverser l’avenue, tu trouveras ce souvenir d’elle que tu cherches. Dans ta mémoire, il reste un lieu où vous vous aimiez. Plonge. Rapporte un son, la couleur qu’elle hissait en toi, un instant à vous, une lèvre. Ce que tu peux. Extirpe cette pépite de ta boue de souffrance. Et repasse le sas avec. »

Premières lignes de la nouvelle "Aucun souvenir assez solide"


Dix nouvelles par l'auteur de La Zone du Dehors et La Horde du Contrevent.

Sommaire :
1. Les Hauts® Parleurs®
2. Annah à travers la harpe
3. Le Bruit des Bagues
4. C@PTCH@
5. So Phare away
6. Les Hybres (inédite)
7. El Levir et le livre
8. Sam va mieux
9. Une stupéfiante salve d’escarbilles de houille écarlate (inédite)
10. Aucun souvenir assez solide
Postface de Systar : Portrait de Damasio en aérophone

 

 

MON AVIS :

J'ai toujours trouvé étrange la lecture d'un recueil de nouvelles : pour qu'il réussisse à me rester à l'esprit, il faut qu'au moins l'une de celles-ci se démarque, d'une manière ou d'une autre. Dans le cas contraire, je garde le souvenir d'un tout certes homogène mais indéterminé. C'est peut-être injuste de ma part, mais je ne sais pas comment aborder la chose autrement. Aucun souvenir assez solide, s'il n'a pas été déplaisant à lire, ne m'a pas offert de nouvelles accrochant spécifiquement mon regard, même si j'en ai apprécié plusieurs.

Aucun souvenir assez solide nous balade d'un futur où les mots sont privatisés (Les Hauts® Parleurs®) à un autre où la vie sans interface semble insupportable (Le Bruit des Bagues) en passant par l'histoire de l'auteur du livre le plus étrange au monde (El Levir et le livre) et par celle d'un sculpteur aux méthodes déroutantes et dérangeantes (Les Hybres). Entre autres...

 

J'ai retrouvé dans ce recueil une impression que j'avais déjà eue en lisant la nouvelle El Levir, d'ailleurs reprise ici : Damasio est un jou(t)eur de mots, il les déguste lentement, les triture, les essaie et en fait naître de nouveaux par dizaines. D'un côté, c'est un vrai délice que de lire ses explorations orthographico-phonétiques. De l'autre, cette construction d'orfèvre empêche parfois de découvrir le récit qu'elle devrait pourtant aider à établir tellement elle lui fait de l'ombre et finit par l'alourdir. Dès lors, je n'arrive pas à déterminer si j'aime l'écriture de cet auteur. Dans certaines nouvelles, elle m'a enchantée mais dans d'autres, elle m'a un peu saoulée (à cause de quelque chose comme « Le mieux est l'ennemi du bien »).

 

Je n'ai, par exemple, pas réussi à rentrer dans So Phare away (et à chaque fois, j'ai la chanson en tête c'est malin, je n'en connais que le refrain...) ni dans Une stupéfiante salve d'escarbilles de houille écarlate, m'étant trop rapidement fatiguée des sempiternels jeux de mots pour réussir à me concentrer sur une histoire ne me parlant pas. Par contre, ces mêmes explorations phonétiques m'ont plu dans Les Hauts® Parleurs® ou, dans une certaine mesure, dans Annah à travers la harpe. D'où ma difficulté à savoir quoi penser. Un peu ni pour, ni contre, bien au contraire (si vous me le permettez).

 

A noter que j'ai beaucoup plus apprécié El Levir et le livre à cette lecture, dépourvue d'illustrations, ce qui aurait tendance à me faire dire que celles de l'édition lue précédemment m'ont un peu trop distraite du récit qu'elles accompagnaient. Cette histoire d'un homme qui va écrire un livre sous une forme imposée et avec une contrainte « physique » des plus étourdissantes s'avère être une belle redécouverte. Je voudrais mettre également l'accent sur Les Hybres, récit d'un sculpteur célèbre qui a perdu la flamme et qui doit se refaire un nom, ce en retrouvant des méthodes de travail assez... spéciales. Celui-ci m'a fait regretter de ne pas voir l'auteur se pencher un peu plus sur le contenu que le contenant dans d'autres de ses nouvelles, parce que cette histoire-ci, qui n'est pourtant pas follement originale quant au style par rapport aux autres, est quand même celle m'ayant laissé l'image la plus impressionnante du livre.

 

Au final, Aucun souvenir assez solide est un recueil de nouvelles qui s'est laissé lire sans déplaisir (à deux nouvelles près) mais dont je garde après coup une impression assez mitigée. Pour ceux qui aiment triturer la langue française dans tous les sens possibles et imaginables (Les Hauts® Parleurs® est d'ailleurs à conseiller aux professeurs de français pour leurs cours).

 

 

* * *

 

Autre livre de l'auteur sur ce blog :

El Levir


CITRIQ

Publié dans : Les livres SF, fantasy et fantastiques - Communauté : Interlignes
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Dimanche 27 mai 2012 7 27 /05 /Mai /2012 23:49

 

Réalisateur : Walter Salles

Pays : USA/UK/France

Durée : 140 minutes

Genre : drame

Acteurs : Garrett Hedlund, Sam Riley, Kristen Stewart

 

 

http://img443.imageshack.us/img443/1718/surlarouteaffiche.jpgRESUME :

Au lendemain de la mort de son père, Sal Paradise, apprenti écrivain new-yorkais, rencontre Dean Moriarty, jeune ex-taulard au charme ravageur, marié à la très libre et très séduisante Marylou. Entre Sal et Dean, l’entente est immédiate et fusionnelle. Décidés à ne pas se laisser enfermer dans une vie trop étriquée, les deux amis rompent leurs attaches et prennent la route avec Marylou. Assoiffés de liberté, les trois jeunes gens partent à la rencontre du monde, des autres et d’eux-mêmes.

(www.allocine.fr)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MON AVIS :

Sur la route est un livre qui m'intrigue depuis longtemps, principalement parce que je n'ai jamais réussi à comprendre de quoi il parlait exactement (à part d'un gars qui est « sur la route » donc)(oui, je sais, moi aussi je suis parfois épatée par mes faramineuses capacités de déduction)(sérieusement). Cependant, n'étant pas particulièrement réceptive aux écrits de la beat generation (que j'ai peu lus, je dois bien le reconnaître, ce n'est donc que pur préjugé de ma part, à deux livres près), je n'ai jamais osé sauter le pas, alors que ce roman repose dans ma bibliothèque depuis un petit bout de temps. Aller voir le film qui a été tiré de cette histoire réputée inadaptable était donc la solution de la facilité sur laquelle j'ai bien sûr immédiatement sauté. Bon, disons que le fait que On the Road ait été réalisé par le type qui nous a pondu Diarios de Motocicleta n'était pas pour rien dans ma décision (et on oubliera obligeamment l'américanisation de Dark Water, soit dit en passant). Et pour finir... Eh bien la beat generation n'est pas pour moi (oh surprise!).

 

http://img829.imageshack.us/img829/1456/surlaroute08.jpg

 

La vie de Sal, écrivain sans inspiration vivant chez sa mère (ou sa tante?), change du tout au tout quand il rencontre Dean Moriarty, un jeune homme qui brûle la chandelle par les deux bouts. L'écrivain goutera grâce à lui à tous les extrêmes de la vie et commencera à passer son temps sur la route, à engranger les expériences, à vivre, tout simplement.

 

http://img33.imageshack.us/img33/1445/surlaroute09.jpg

 

Sur la route ne m'a pas convaincue, mais ce n'est pas pour autant que c'est un mauvais film. Il possède des qualités formelles indéniables et arrive à créer une ambiance moite et pesante convenant parfaitement au récit. De manière générale, il fonctionne bien et il a même réussi à me toucher et/ou à me déranger plusieurs fois, grâce à des passages marquants sacrément bien mis en scène. Cependant, comme avec tout film nous contrariant, ce sont ses aspects négatifs qui me sont restés en tête, et que je vais évoquer ici.

 

http://img72.imageshack.us/img72/8065/surlaroute12.jpg

 

Tout d'abord, la question de l'adaptation. Je ne saurais bien sûr pas dire si ce film arrive à rendre l'essence du roman dont il est tiré. Cependant, il possède un côté « galerie de personnages » renforcé par la présence de nombreuses personnalités dans des rôles secondaires, de Kirsten Dunst à Amy Adams en passant par Steve Buscemi et Viggo Mortensen, qui confère un aspect décousu à l'histoire. Plus de têtes inconnues nous aurait permis de focaliser notre attention sur le récit au lieu de nous concentrer sur les performances d'acteurs.

 

http://img262.imageshack.us/img262/3282/surlaroute06.jpg

 

A noter que Sam Riley, qui interprète Sal, est complètement transparent face aux autres. Peut-être est-ce le rôle qui veut ça, mais j'avoue avoir eu du mal à retenir son visage et sa voix alors que je connaissais déjà cet acteur par Franklin et, surtout, par Control, dans lequel il avait beaucoup plus de présence.

 

http://img194.imageshack.us/img194/4793/surlaroute04.jpg

 

Ensuite, en ce qui concerne le fond, je dois dire être très peu réceptive aux récits de drogués passant par tous les extrêmes. Ce serait stupide de réduire le film à cela, mais ses passages de fumettes (et plus si affinités) mâtinés de partouzes et autres joyeusetés vécues sur le mode provoc' ne m'ont pas parlé (j'ai une vie trop tranquille pour ça)(je plaisante à moitié seulement). Sur la route vogue constamment entre deux pôles, les rencontres humaines déroutantes mais puissantes et les passages de perte volontaire des repères pour essayer de vivre plus intensément. Autant les premiers m'ont touchée (car ils jouent intelligemment sur nos préjugés et nos attentes), autant les seconds ont fini par me lasser (ils constituent la traditionnelle spirale infernale jusqu'au point où il faut décider de revenir ou de sombrer, même si elle n'était pas encore si traditionnelle que ça quand Kerouac l'a écrite)(quoique...).

 

http://img17.imageshack.us/img17/7841/surlaroute02.jpg

 

De manière générale, Sur la route dure trente bonnes minutes de trop, et se ramollit sacrément avant la fin, rendant le tout un peu trop ennuyeux à certains moments. Le film alterne les passages intenses et ceux rébarbatifs et donne ainsi l'impression d'être très inégal.

 

http://img208.imageshack.us/img208/1774/surlaroute11.jpg

 

Et pourtant, je n'arrive pas à penser du mal de ce film. C'est que, derrière tous ces défauts, il y a quelque chose qui se démarque, qui montre que Salles était bien la bonne personne pour adapter le roman de Kerouac, mais que son enthousiasme trop important (que l'on ressent fortement) l'a peut-être aveuglé à certains moments.

 

http://img703.imageshack.us/img703/1433/surlaroute01.jpg

 

Au final, Sur la route est un film rempli de bonnes intentions mais qui pèche par ses excès. Sans oublier qu'il aborde des sujets ne me parlant pas vraiment et qui font que je suis sortie de la salle assez mitigée. A vous de voir s'il pourrait vous plaire.

 

 

* * *

Publié dans : En salle - 2012
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"Après le plaisir de posséder des livres, il n'y en a guère de plus doux que d'en parler."

Charles NODIER

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Lecture(s) en cours

 

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  Avec le soutien du C.L.A.P.

J'écris aussi là:

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